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Conseil, Recherche et Performance - Évaluation des risques ESG et pilotage de la performance globale des entreprises

Dr. Gabrielle Suchaud

Les mutations contemporaines imposent aux entreprises, notamment du secteur financier, une redéfinition de leur modèle de performance. La gouvernance des risques ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) et le cadre réglementaire en constante évolution, notamment avec la CSRD (Corporate Social Reporting Directive) et la CS3D (Corporate Sustainability Due Diligence Directive), renforcent l’importance d’une approche intégrée et scientifique du pilotage de la performance globale. Dans ce contexte, l’hybridation du conseil et de la recherche, appuyée par l’Intelligence Artificielle (IA), permet d’adresser ces enjeux de manière innovante.  

Nous examinons ici comment cette triple approche contribue à la gestion des risques ESG et à la transformation des modèles d’affaires et d’organisations vers une durabilité accrue et partagée. 

Cadre réglementaire et performance globale des entreprises 

La transition vers une performance globale s’inscrit dans un cadre réglementaire structurant. Depuis la NFRD (Non Financial Reporting Directive, 2017) jusqu’à la CS3D (2027), l’Union européenne impose aux entreprises un devoir accru de transparence et de diligence en matière de durabilité. Ces évolutions visent à garantir que les entreprises prennent en compte l’impact de leurs activités sur la société et l’environnement. Le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité constitue un axe majeur de recherche pour les sciences de gestion. Prévu par la loi française et européenne, il fait écho à l’ensemble des travaux précédemment réalisés par le législateur sur la notion de devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre qui déjà avait permis de faire entrer dans la loi la notion de responsabilité sociale et sociétale des entreprises (RSE). Le mois de janvier 2025 aura pourtant vu éclore en Europe et en France de nouveaux débats concernant l’entrée en vigueur de la CSRD. Elle apparaît aujourd’hui comme non-consensuelle, et une épreuve de force s’opère faisant craindre un retour en arrière et la suppression de l’ensemble ou partie des textes ESG. 

En sciences de gestion, les textes normatifs et réglementaires ainsi que leur validité sont cruciaux pour guider les entreprises vers un développement durable. A l’aune de ces mutations contemporaines, la réglementation autour des critères ESG est perçue comme un sujet qui relève des droits fondamentaux des humains et de la planète. Il est crucial que les entreprises investissent sur la résilience de leur mise en conformité avec le droit ESG, en profitant des efforts déjà réalisés sur le reporting extra-financier et les travaux de double-matérialité.  

Approche scientifique du conseil et rôles du consultant-chercheur 

Le rapprochement entre le monde de l’entreprise et celui de la recherche en gestion constitue une opportunité stratégique. En effet, le secteur de la recherche en sciences de gestion contribue à la construction de modèles et à l’enrichissement des connaissances, et peut faire émerger des cadres théoriques et méthodologiques, plus que jamais indispensables pour les professionnels et dirigeants d’organisations.  

Pourtant, en France, cette collaboration entre professionnels et chercheurs reste limitée, en témoigne la faible proportion de docteurs au sein des entreprises. Selon le Ministère de l’Enseignement supérieur et le Ministère de l’Industrie, en 2024 « en France, les docteurs ne représentent que 1 % de la population des 25-34 ans, un chiffre inférieur à la moyenne de l’OCDE (1,3 %) et bien en deçà de pays comme la Suisse (3 %) ou les États-Unis (2 %). Leur présence dans le secteur privé reste également limitée, avec seulement 11 % des chercheurs en entreprise, comparé aux ingénieurs qui constituent 56 % de cette population ».  

La non-mobilisation en France de connaissances pourtant bien établies en gestion constitue une perte d’opportunités : les travaux des docteurs regorgent de publications et éclairages sur les crises et mutations en cours (Lorino et Mottis, 2020). Cette déconnexion prive les entreprises d’un réservoir essentiel d’innovation et de compétences, et entrave leur compétitivité face aux mutations en cours. La promotion de la recherche et développement (R&D) en revanche, et l’emploi de Docteurs Ingénieurs sont reconnues comme des catalyseurs de performance, notamment en regard des enjeux de transition et d’adaptabilité.  

Consulting research comme levier de performance globale 

Un lieu de convergence entre ces deux mondes réside au sein du secteur du conseil en stratégie. En effet, l’hybridation d’une approche de conseil combinée à une méthodologie scientifique permet d’adresser des réponses concrètes et opérationnelles aux entreprises désireuses de renforcer leur performance globale, leur impact positif sur la société et l’attention portée à leurs parties prenantes. Grâce à leur positionnement holistique, les entreprises de conseil disposent d’une pluralité de parties prenantes sur des secteurs parfois complexes et aux intérêts divergents. L’objectif de l’entreprise de conseil réside en sa performance économique et sa stabilité sur les marchés financiers, mais également en sa performance extra-financière. Le rôle hybride du consultant chercheur permet d’allier rigueur scientifique et pragmatisme opérationnel. En effet, initier et investir sur des projets de R&D en sciences de gestion constitue un atout majeur pour les entreprises de conseil souhaitant développer leur transition et celles de leurs clients. En générant des innovations pratiques et applicables dans le cadre de la R&D, leur rôle est de guider les entreprises dans la maximisation de leurs performances dans une logique de durabilité et de résilience. Les critères de Frascati (OCDE) sur lesquels reposent la R&D Talan constituent un bon guide pour la compréhension de ces enjeux et le degré de performance associée montre des résultats encourageants (attractivité sur le marché de l’emploi des docteurs, publications scientifiques pluriannuelles, innovation et amélioration continue des pratiques et produits Talan, rentabilisation économique de l’offre commerciale, recherches sur l’impact carbone et l’intelligence artificielle). 

L’apport de l’Intelligence Artificielle (IA) au pilotage des risques ESG 

« L’intelligence artificielle (IA) est une branche de l’informatique qui englobe tous les processus qui permettent à un ordinateur de prendre des décisions autonomes. Une des avancées notables de l’IA, […] émuler la capacité de prise de décision d’un expert humain, en appliquant des règles prédéfinies à des données entrantes » (Bellart, 2023). Cette définition, proposée dans le cadre d’une thèse en informatique permet de délimiter les contours de l’IA et de prendre la mesure des capacités technologiques qu’elle offre à l’utilisateur humain.  

En effet, depuis les années 1980 et particulièrement cette dernière décennie, l’IA s’est vue considérer comme un outil puissant, qui permet aujourd’hui notamment d’aboutir à l’automatisation de tâches critiques, allant de l’extraction d’informations à la génération de résumés et de recommandations. Selon certains et à ce stade « l’intelligence artificielle est la technologie qui révolutionnera le lien de l’homme au travail dans la plupart des champs d’activité. Il est donc intéressant de s’interroger aujourd’hui sur les évolutions possibles de la recherche en sciences de gestion. » (Cailluet et Véry, 2019).  

Aujourd’hui en science de gestion, l’IA peut être un outil de gestion des informations mais également un outil d’aide à la compréhension des enjeux humains. En effet, les travaux les plus récents sur le domaine de l’IA montrent que cette technologie connaît un essor significatif, porté notamment par les progrès de traitement automatique du langage naturel (NLP) et des modèles de langage à grande échelle (LLMs). Ces derniers offrent un avantage considérable au domaine juridique et permettent de traduire et comprendre des textes complexes avec une pluralité d’indicateurs, qualitatifs et quantitatifs. Parmi eux notamment, les textes liés aux critères ESG. 

En effet, à l’heure de la construction d’un projet de loi Omnibus européen, l’ambition de notre recherche est de proposer une méthodologie simplifiée et facilitante, pour permettre de limiter les divergences de reporting entre les textes existants et en clarifiant leur articulation. L’objectif est de réduire le poids et le coût du reporting ESG pour l’entreprise et ses parties prenantes. Les premiers résultats du projet de gestion ESG-IA Talan montrent une forte adhésion des parties prenantes internes et externes au projet de R&D (chercheurs, consultants, dirigeants, cadres juridiques, responsables RSE, clients et partenaires, communautés scientifiques et enseignement). L’outil IA est perçu comme une avancée majeure dans la gestion des risques ESG et la transition des entreprises vers des modèles plus durables.  

Conclusion 

L’intégration de l’approche scientifique du conseil et de l’IA dans la gestion des risques ESG représente une avancée significative pour les entreprises en quête de durabilité. En combinant expertise méthodologique et outils technologiques, Talan se positionne comme un acteur clé de cette transformation. A l’aune des progrès récents de l’IA, et concernant les sujets liés à l’éthique ou à la durabilité de manière générale, il convient de se poser plusieurs questions quant à l’utilisation de l’IA, et notamment de savoir si elle peut être un outil de gestion de risques ESG actionnable par les entreprises.  


Références 

Desbiolles, J. (2019). Finance et Intelligence artificielle (IA)  

Freeman, R.E. (1984). Strategic Management: A Stakeholder Approach. 

Lazarus, Pommier (2024) Recommandations pour la reconnaissance du doctorat dans les entreprises et la société 

Markowitz, H. (1952). Portfolio Selection. The Journal of Finance. 

Plateforme RSE (2023). Cadre réglementaire européen et impact ESG. 

Thèse CIFRE (2023). Suchaud, G. RSE & Performance Globale.